La Chronique Acserboise de l’été 2021

Nous l’avons appris à la mi-août, l’Etat a finalement vendu le domaine de Thiverval-Grignon au promoteur immobilier, « Histoire & Patrimoine », filiale d’Alterea-Cogedim également acheteuse du château de Pontchartrain. Plusieurs porteurs de projet avaient répondu à l’appel de l’Etat pour prendre la suite du fleuron français agricole de Grignon. L’association des anciens élèves de l’INRA, locataire du site de longue date avant son déménagement à Saclay, appuyée par Cœur d’Yvelines paraissait la plus légitime pour faire de ce site un haut lieu de l’écologie et de l’environnement. Mais les Ministères en ont décidé autrement et ont donné la priorité à un projet immobilier ! En revanche, l’histoire n’est pas pour autant bouclée puisque le changement de destination du domaine nécessite une modification du PLU de la commune et son maire, ayant le dernier mot en la matière, s’y oppose ! Une réelle chance pour Grignon que Pontchartrain ne possède malheureusement plus. Aussi l’ACSERB tenait à vous révéler la chronologie des faits et vous relater son engagement de longue haleine pour redonner un bel avenir à notre commune : le pot de terre contre le pot de fer.


Le domaine de Pontchartrain

Le domaine, par sa centralité et sa richesse historique, aurait dû être le levier d’une revitalisation économique, touristique et culturelle de la commune : alternative défendue par l’ACSERB autour de la médiation et de l’enseignement de l’archéologie et de l’histoire européenne.

Mais à la différence de Grignon, le domaine de Pontchartrain, bien que classé pour partie, est une propriété privée. C’est donc sans bruit médiatique que les Lagasse, anciens propriétaires, vendaient fin 2018 le château et son parc « avant » à Azurel, marchand de biens immobiliers. Ce dernier déposait un permis de construire initial pour transformer le château et ses annexes en 68 appartements de luxe et 18 logements sociaux ; PC accordé en 2019 par toutes les instances de l’Etat : en tête, la municipalité avec son maire de l’époque, M. Lemoine, la DRAC, les Bâtiments de France, etc… Quelques jours plus tard, Azurel revendait avec une marge de 3 millions d’euros le château au promoteur, Histoire & Patrimoine.

Fin 2020, le promoteur Histoire et Patrimoine déposait un modificatif sur le PC initial avec 109 logements au lieu de 86, qui rappelons-le, avait été entériné par la mairie et présenté par elle comme la dernière chance offerte à la commune pour sauver le domaine d’une lente décrépitude, après les échecs des municipalités précédentes. Le PC initial comportait effectivement des aberrations comme la réalisation de parkings dans la cour d’honneur ou la construction de logements sociaux à gauche de la grille d’entrée principale en lieu et place de la maison du jardinier en ruine et surtout des loges à cochons, zone déclarée non constructible au PLU 2012 en vigueur lors du dépôt du permis initial !

- Ah ? Il y avait des cochons dans le parc, vous interrogerez-vous ?

- Eh bien oui, vous répondrons-nous : si le domaine fut au temps de son apogée le siège de la noblesse liée à Versailles, il a été vendu en 1934 à la famille Lagasse, à l’époque éleveuse de bétail. Tout le parc avec ses étangs et sa perspective dessinée par Le Nôtre, figure ainsi en zone agricole depuis de nombreuses années au PLU de Jouars-Pontchartrain.


Il est bien regrettable que ce domaine ne soit pas classé aujourd’hui en site remarquable plutôt qu’agricole de par, sa configuration, son histoire et la présence de la plus grande ville gallo-romaine d’Île-de-France sous ses terres (Diodurum) ! A noter également que l’unité qu’il constituait se trouve maintenant morcelée entre Histoire & Patrimoine (mise en copropriété du château et de son parc « avant »), et la SCI Phélypeaux (partie arrière du parc avec Diodurum et les étangs) dont les parts se répartissent entre l’ancien propriétaire, M.M. Lagasse et 2 agriculteurs/investisseurs : un montage habile qui rend quasiment impossible l’ouverture du domaine au public.

Si le permis modificatif de 2020 rectifiait des points critiquables du PC initial d’AZUREL, il rendait surtout l’opération plus fructueuse pour le promoteur qui augmentait le nombre de logements en le passant de 86 à 109 et étendait considérablement les surfaces de défiscalisation, à travers une demande de classement des espaces autres que le salon tréflé et la grande galerie, seules parties actuellement classées. Ce permis a été refusé en mars 2021 mais le classement des autres parties du domaine a été accordé par la DRAC en août 2021.



Le 22 juin 2021, le nouveau maire, M. Emmanuel, convoque les associations pour faire le point. Notre intention est de pouvoir évoquer et échanger sur le projet alternatif de l’ACSERB, projet qui rend le domaine à un usage public plutôt que de le réserver exclusivement à de riches copropriétaires bénéficiant de la défiscalisation sur les bâtiments historiques (qui peut aller jusqu’à 45% de leur revenu global). Malheureusement, la transparence et la démocratie participative sur lesquelles notre maire a été élu sont, le jour de cette réunion, oubliées et soumises à un chantage inédit.


En effet, M. Emmanuel nous explique que la mairie s’est entendue avec le promoteur afin que les desiderata de la commune puissent être pris en compte au sein d’un ultime modificatif à instruire dans un délai accéléré. Il est alors demandé aux associations de s’engager à ne pas déposer de recours sur ce modificatif, sous peine de revenir au 1er permis accepté en 2019 mais qui ne convient pas, notamment pour la privatisation de quelques parties nobles du château, pour les places de parking dans la cour d’honneur ou l’emplacement des logements sociaux à gauche de la grille d’entrée principale, classée.


Alors que les pratiques d’Histoire & Patrimoine sont placées sous une veille de la Cour des Comptes : rachat de bâtiments historiques en vue de les découper pour une revente en appartements bénéficiant d’une défiscalisation, les associations chartripontaines refusent toutes catégoriquement en juillet 2021 de signer un quelconque protocole les muselant devant une entente avérée entre promoteur et municipalité !


Un nouveau PC a malgré tout été déposé cet été en mairie. Aux dernières nouvelles, l’ancien haras du XIXème siècle devenu un hangar agricole avec la famille Lagasse est d’ores et déjà mis à la vente sur internet, faisant partie du classement accordé cet été : aussitôt dit, aussitôt fait ! A suivre donc très attentivement en lien avec le domaine de Grignon pour lequel il y a une très forte mobilisation.


PONTCHARTRAIN ET GRIGNON : MÊME COMBAT !

Le domaine de Grignon




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