Une menace invisible (partie 2)

Notre commune est traversée par plusieurs axes routiers, dont une nationale. Ces routes engendrent une importante pollution sonore.

Nos associations ont conduit des enquêtes auprès de leurs adhérents afin de recueillir leurs sensations et avis sur la situation.


Retour sur une déviation historique

Le 23 février 2001 la déviation de la RN12 entre en service et libère enfin Jouars-Pontchartrain du flot des 30 000 véhicules par jour qui traversait l'agglomération. Du point de vue des automobilistes, la déviation apportera un gain de temps sensible en leur offrant un itinéraire à deux fois deux voies entre l'Eure-et-Loir et le réseau des voies rapides de l'Ile-de-France.

Engagé au printemps 1996, le chantier a coûté 122,7 millions d'euros (805 millions de francs), financés à 70 % par la région et 30 % par l'Etat. Il a impliqué la réalisation de dix ouvrages d'art (des ponts de franchissement des rivières et des routes secondaires), et surtout la tranchée de Chennevières de 450 m de long. Destinée à permettre la traversée souterraine du quartier du même nom et à protéger la perspective du château, celle-ci oblige à requalifier l'ex-RN12 dans Jouars-Pontchartrain en route départementale et l'autopont du carrefour du Pontel est démonté.

Le bruit s’est donc « déplacé » du centre bourg vers le hameau de Chennevières. En 2003 l’association de protection de l’environnement R.E.P « Respectons ensemble Pontchartrain » demande à un cabinet d’acousticiens une étude de l’impact sonore de la déviation. Mais les espoirs d’obtenir des aménagements supplémentaires d’atténuation du bruit seront douchés par des mesures juste en dessous des seuils réglementaires de 60db.


Le bruit « vu » du côté des Hameaux

Les habitants de certains hameaux peuvent être soumis à des nuisances sonores spécifiques imputables soit à leur environnement, soit aux comportements de leurs concitoyens.


A Ergal :

Parmi les spécificités liées à l’environnement il y a les bruits de la route. Les tronçons de route hors agglomération reliant les hameaux entre eux sont mis à profit par certaines personnes au tempérament sportif pour pousser des pointes de vitesse et faire rugir leurs mécaniques. On les entend venir de loin, décélérer en réduisant leurs multiples rapports de boîtes de vitesse à l’entrée de l’agglomération et ré-accélérer dès que la sortie de l’agglomération est en vue. Il y a des spécialistes de ce « sport » et la répétition de leurs passages est particulièrement éprouvant pour les riverains des routes traversantes, même si l’ensemble du hameau « en profite » à chaque fois.

Toujours dans le chapitre « bruits de la route », il y a ceux générés par les utilitaires, camionnettes ou poids-lourds, leurs bennes ouvertes ou leurs remorques qui en passant sur les ralentisseurs font résonner les chocs de leurs chargements ou de leurs accessoires et structures les uns contre les autres. Ces bruits répétés et d’une intensité considérable sont inévitables, même à vitesse sensiblement réduite. On ne voit pas pour l’instant le moyen de réduire ce type de nuisance, sauf à interdire la circulation aux engins les plus lourds (ce qui est le cas en principe, sauf que ce n’est pas respecté).

Mais en fonction de leur environnement, les hameaux sont soumis à des bruits d’engins motorisés évitables. C’est le cas des motos et des quads qui fréquentent les chemins de la

plaine ou des bois qui nous entourent. Certains d’entre eux, pour mieux profiter des plaisirs que procurent ces équipées champêtres, trafiquent leurs engins pour se donner l’illusion d’une confortable puissance en réduisant drastiquement l’efficacité de leurs silencieux. De quoi nuire à la tranquillité des habitants, mais également traumatiser la faune sauvage. Les panneaux interdisant les accès aux véhicules à moteur dans les chemins ont permis de réduire ces abus. Mais il y a ceux qui n’hésitent pas à braver ces interdits, sachant qu’ils ne sont que rarement pris en flagrant délit, et que la consigne est donnée de ne pas les poursuivre pour ne pas risquer qu’ils ne se blessent dans leur fuite. D’autres circulent sur des engins non immatriculés, ce qui ne permet pas de les identifier et donc de les sanctionner. Les moyens pour réduire ces nuisances sont peu nombreux dans la mesure où les délinquants sont très mobiles par rapport à la rapidité de mobilisation des forces de l’ordre alertées par les habitants.

Chacun aura pu observer aussi que nos vallons servent de couloir aérien pour les hélicoptères de l’armée. Les survols les plus bruyants et à basse altitude sont le fait d’hélicoptères Puma stationnés sur la base 107 de Vélizy-Villacoublay. Il est possible que nous soyons sur un couloir de transit entre cette base et la BA105 d’Evreux ? Pour réduire les nuisances, les municipalités environnantes (Jouy, Bievres etc.) font remonter systématiquement toute nuisance sonore documentée à la BA 107 qui mène des actions correctives si besoin et joue la carte du dialogue avec les riverains (c’est du moins ce que l’on peut lire sur les sites des mairies et associations). Peut-être notre municipalité pourrait-elle participer à ces échanges ?

D’autres bruits sont quasiment inévitables. Parmi ceux-ci il y a les travaux de jardinage qui peuvent s’avérer plus ou moins agressifs en fonction des outils utilisés et de la durée des travaux, elle-même fonction de la taille des parcelles. Dans les hameaux les parcelles sont souvent assez grandes et il y a donc lieu pour les propriétaires d’être attentifs à se doter d’outils les moins bruyants possible. Parmi les engins les plus bruyants il y a bien entendu les tondeuses de grandes tailles et surtout les broyeurs de végétaux utilisés par les professionnels.

La plupart des propriétaires se tiennent aux horaires prescrits. Mais ce n’est pas toujours le cas, et cela peut être imputable au manque de disponibilité des propriétaires pendant les horaires normalement ouvrés, ou du fait de conditions météorologiques qui ne laissent aucun degré de liberté pour se livrer aux travaux. De plus, certaines parcelles étant de surfaces importantes, ces travaux peuvent durer et il n’est pas toujours possible à leurs propriétaires de s’en tenir strictement aux horaires imposés. Et puis, on a vu des périodes de mauvais temps durer plusieurs semaines et ne laisser que très peu de créneaux pour procéder aux travaux d’entretien. Il faut par conséquent une certaine souplesse et une certaine tolérance vis-à-vis des nuisances et dans l’application des règles.


Mais il reste quand même des cas où les propriétaires enfreignent assez systématiquement les règles prescrivant les horaires pendant lesquels les travaux bruyants sont autorisés. Quand les infractions sont trop fréquentes, il revient aux habitants dérangés d’en faire part à leur voisin voire, si leurs démarches sont infructueuses, de demander l’intervention de l’autorité du Maire.

Enfin il convient de citer des pollutions sonores inutiles et parfaitement évitables qui sont le fait de personnes ou de communautés mal intégrées et qui ont pour principe que « chez soi, on fait ce que l’on veut ». Ici les terrains sont souvent occupés par plusieurs familles, les gens vivent beaucoup en extérieur, communiquent entre eux de façon bruyante et accompagnent régulièrement leurs travaux par de la musique fortement amplifiée fusant des portes ouvertes de leurs véhicules.


Ces personnes ont l’habitude aussi d’organiser régulièrement des fêtes avec beaucoup d’invités. Ces fêtes sont soit calendaires, soit liées à des événements familiaux (uniques ou répétitifs comme des anniversaires). Elles durent en général une bonne partie des après-midi jusque tard dans le nuit. Elles se tiennent en extérieurs, en espaces couverts ouverts et /ou barnums où on danse et on s’amuse à grand bruit, musique à « fond les basses » …. De vrais champs de foire : Insupportables pour les voisins dont on ne tient aucun compte des injonctions à faire cesser le vacarme. En réponse on vous dit que « si ça ne vous plait pas, vous pouvez déménager » …. C’est aussi simple que ça ! Et si vous vous plaignez on vous rétorque que vous êtes intolérant parce que vous êtes xénophobe.

Ces nuisances-là sont d’autant plus insupportables, parce qu’elles sont répétitives et surtout parfaitement évitables. Les niveaux sonores qui ont été relevés en bordure de terrain peuvent varier entre 70 et + de 80 dB, avec basses à vous crever les tympans. En intérieur, à fenêtres double vitrage fermées on a encore pu mesurer des niveaux variant de 60 à 70 dB…. Des niveaux sonores insupportables quand cela dure des heures.

Il est tout à fait clair que cela ne peut pas durer. Il faut que les règlements régissant le vivre ensemble soient respectés pareillement par tous.

Par conséquent, il faut que dans les quartiers où ces problèmes sont récurrents les personnes que ces excès insupportent saisissent ensemble le Maire pour que celui-ci organise une réunion de conciliation avec les communautés concernées pour rappeler les règles et les enjoindre à les respecter. En complément, sans doute faudrait-il qu’il y ait une instance prête à intervenir rapidement et efficacement à toute heure en cas de récidive.

Lors des dernières élections municipales, certaines associations ont plaidé pour la création d’une fonction ou d’une mission de Garde-champêtre. Celui-ci serait assermenté et arpenterait le territoire de manière aléatoire ou sur demande. Son mode de déplacement local serait principalement pédestre pour mieux détecter les délits de toutes sortes, délits parmi lesquels les nuisances sonores.


Les sensations des riverains de AC

Afin d’avoir un ressenti concret et réel des habitants du hameau de Chennevières sur les nuisances de la RN12, un questionnaire leur a été envoyé par l’AC au printemps 2021. Sur 43 réponses reçues au 27/03/2022, 42 personnes indiquent que La RN12 représente pour elles une nuisance sonore, soit 98%. Il est à noter que les 2% se déclarant non impactés par le bruit de cet axe habitent à plus de 500m et/ou en sont protégés par des obstacles naturels.

La gêne sonore induite par la RN12 n’est pas la même selon que l’on se situe à l'intérieur ou à l’extérieur de son habitation :

Ainsi, la quasi-totalité des habitants du hameau de Chennevières ayant répondu à l’enquête se déclarent gênés par la N12 à l’extérieur de leur habitation, et plus du tiers extrêmement, impactant drastiquement leur vie de tous les jours, notamment aux beaux jours :

« pas de repas/repos en extérieur. En intérieur on ferme le maximum de portes »

« Impossible de déjeuner et/ou de diner à l'extérieur à cause du bruit certains jours »

« Raffut hallucinant dès qu'il pleut. Le vent d'Ouest étend le bruit sur tout le hameau. Impossibilité de garder la fenêtre ouverte le matin, en heure de pointe ou la nuit. Impression de piste de décollage la nuit avec les motos et les camions qui dévalent la plaine de Jouars et hurlent en sortant du tunnel. Boules-quiets pour lire et dormir. Quasi impossibilité de manger, lire ou de dormir dans son jardin. Fatigue physique et morale. Destruction du stade, du bois et isolement de Chennevières. »

« Je n'arrive pas à bien dormir. Je n'arrive pas à me détendre, ce qui me donne du stress. »

« Cela nous réveille le matin (forte circulation) . Les nuisances sont insupportables à l'intérieur de la maison et surtout invivable à l'extérieur les jours où la route est humide (la rosée du matin suffit). Le fond sonore s'accentue et s'intensifie avec l'humidité. Au niveau du tunnel, c'est la vitesse de circulation qui est dérangeante car peu respectée. Les propriétaires de gros moteurs (motos ou voitures) s'amusent à accélérer pour faire résonner leur véhicule. Au quotidien, le bruit continu qui nous insupporte non-stop, se situe principalement entre le "bas du tunnel" et le passage sous la "D15, route de Jouars". »

Il est à noter que ce verbatim est loin d’être exhaustif.

Près de la moitié des personnes gênées déclare que la pollution sonore dont ils sont victimes pourraient les amener à envisager de déménager, et plus de 58 % pensent que cette nuisance impacte leur santé, notamment au niveau du sommeil, de la nervosité, du stress ou en générant des maux de tête.


Bref, vous l’aurez compris, les habitants de Chennevières n’en peuvent plus, et ont le sentiment d’être abandonnés à leurs nuisances sonores. Il faut d’autre part rajouter à la pollution subie les nuisances des hélicoptères passant régulièrement à très basse altitude au-dessus du hameau (y compris en fin de soirée), ainsi que les petits avions dont le ballet est incessant le week-end.


Au Centre bourg, le sondage de l’ACSERB :

De manière concomitante au sondage d’AC, nous avons questionné les adhérents de l’ACSERB sur leurs ressentis du bruit environnant, et plus spécifiquement ceux liés à la N12 et à la D912, aussi appelée route de Paris.

Ainsi, sur 64 répondants, 90% avouent être sensibles au bruit et 65% estiment qu’il a un impact sur leur quotidien. Mais il y a une nuance : Très peu se plaignent des nuisances à l’intérieur de leurs habitations. Probablement grâce à une isolation efficace. C’est à l’extérieur du domicile que le ressenti est très différent. 34 estiment que la nuisance est du niveau « beaucoup » ou « extrême ». Au global, les habitants du centre bourg veulent profiter de leurs extérieurs, et contrairement à AC Chennevières, et pour les 2/3 ne les poussera pas à déménager. Si c’est le soir (87%) que la nuisance est la plus prégnante, plusieurs avouent avoir des problèmes la nuit, notamment des réveils nocturnes, dus à des comportements d’usagers de la route peu scrupuleux. Dans les verbatims, on note la vitesse excessive des véhicules, les incivilités, les passages trop bas de l’aviation légère, ainsi que les hélicoptères de l’armée. La population appelle à plus de répression sur la route, mais espère également des aménagements autours de la N12, comme un rehaussement des merlons et pourquoi pas un mur anti bruit afin d’atténuer l’intensité sonore à proximité du trafic.

Reste que tout ceci est subjectif, et n’a pas, ou très peu de valeur pour solliciter l’exploitant de la N12 : la Direction des Routes d’Île de France (DIRIF). Ce qui nous amène à la question des données objectives. La dernière étude de 2003 avait « douché » les espoirs des riverains. Mais depuis 19 ans, la donne a changé. Le Parc Automobile national a évolué. En 2003 il comptait 35 millions de véhicules. En 2019 il est passé à 40 Millions. Soit une évolution de 14%. Parallèlement, l’Institut d’Aménagement et d’Urbanisme de la Région d’Ile-de-France observe une tendance d’évolution à la baisse du trafic à l’intérieur du périmètre de l’A86, et une augmentation sur les grandes rocades autoroutières. In fine, les flux banlieue à banlieue se multiplient. Entre la dégradation du tunnel de Chennevières, et l’accroissement du trafic automobile, nous souhaitions faire un nouvel état des lieux.


L’étude de décembre 2021

En collaboration avec la Mairie, et avec l’appui de feu Olivier Guittard, nous avions obtenu un engagement de la municipalité sur le financement d’une nouvelle étude. L’ACSERB s’est chargée des démarchages auprès des cabinets d’acousticiens et a obtenu plusieurs devis. Une fois la meilleure prestation retenue, et afin d’obtenir des données exploitables, la décision d’effectuer les mesures en décembre 2021 fut prise. Avec l’accord de 5 riverains de la Nationale, le cabinet a implanté 5 capteurs à des emplacements stratégiques et proches de ceux de 2003. L’étude s’est déroulé sur une plage de 48H.

Un ingénieur nous a présenté le rapport d’étude en Mairie le 7 mars. Un des 5 capteurs a relevé des niveaux en journée supérieurs aux seuils réglementaires. Grâce à un algorithme, une carte objective des nuisances a été créée.



Le seuil réglementaire admissible de 60 Db est dépassé dans les zones oranges. 5 bâtiments sont identifiés comme subissant des nuisances supérieures à 65 Db !

Nous disposons désormais d’un levier pour espérer obtenir des aménagements. Le rapport nous donne 2 recommandations susceptibles d’atténuer le problème : la construction d’un mur anti-bruit et la réfection du bitume de la N12 avec un enrobé acoustique. A titre d’exemple, c’est cette 2ème solution qui a été retenue le long de Bois d’Arcy au niveau de la Croix Bonnet. A priori les riverains ont noté une amélioration. Mais elle a un inconvénient. Elle n’est pas pérenne, et doit être renouvelée tous les 10 ans… Le mur est sans doute efficace, mais représente un investissement lourd. L’idéal serait une combinaison synergique des 2 ! A ce stade, la Mairie va rentrer en contact avec la DIRIF pour entamer des négociations. L’ingénieur acousticien nous a expliqué qu’une contre étude est souvent demandée dans ce genre de situation. Mais vu les données obtenues en décembre, elle ne devrait pas aboutir à des conclusions éloignées.

Nous entrons donc dans une période d’attente et teintée d’espoir. La situation dénoncée par les riverains de la nationale pourrait devenir un peu plus supportable. Il est prématuré de dire comment aboutiront les négociations avec la DIR. Parmi les solutions évoquées en réunion, nous avons aussi retenu la prolongation de la limitation de vitesse à 90 Km/h jusqu’à l’échangeur de Villiers, ou encore la modification des cheminées d’aération du tunnel. Tous ces points seront transmis par le Maire à la DIRIF. La balle sera alors dans le camp des fonctionnaires régionaux. Une chose est sûre, la détermination de vos associations de défense de l’environnement de Pontchartrain ne faiblit pas. Nous reviendrons prochainement dans une 3ème et dernière partie sur les avancées obtenues. Nous en profiterons pour lister les solutions à la portée de tous, et les comportements susceptibles d’aller dans le sens du « mieux vivre ensemble ».


Vincent Courtès (ACSERB) Delphine Alvaro (AC) Gilbert Sengler (ADEE)


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